Castillon

Vous ai-je déjà parlé de Castillon ? Vous savez, cette victoire française sur l’Angleterre qui mit fin à la guerre de cent ans. Celle dont on ne se souvient pas alors que chacun se remémore Azincourt. Une victoire curieusement négligée alors pourtant que c’est une grande victoire, mais pas dans l’air du temps du déclinisme français. Une récente BD (Castillon, juillet 1453) lui fait justice et nous apprend bien des choses qui vont au-delà de l’ultime combat qui pourrait paraître n’avoir d’autres signification que symbolique. Car Castillon est aussi une victoire importante dans l’art de la guerre…

 

Une BD peut ainsi nous en apprendre énormément sur notre histoire militaire. Certes, les éditions Delcourt se sont régulièrement signalé par la qualité de leur production. Et comme d’autres maisons, sur ce blog mentionnées, elle ouvre une série « historique », mais d’histoire sérieuse. Ainsi, cette collection « champs d’honneur » est scénarisée par Thierry Gloris de formation historienne.

Qu’apprend-on ? Tout d’abord, que Charles VII n’est pas le demi-fou qu’on nous a si souvent dépeint en contant l’épopée de Jeanne d’Arc. Dissimulateur, volontaire, déterminé, voici un roi qui a de la trempe, veut réunir son pays et est capable d’affirmer « La victoire finale appartient à celui qui réussit à imposer la paix ». Citation bien sûr apocryphe mais utile en ces temps où l’on s’interroge sur ce qu’est la victoire, je vous en parlerai quelque jour.

Ensuite, qu’il y a déjà une sorte de nation française qui s’oppose à la juxtaposition de régions, sur lesquelles les godons n’ont cessé de jouer : Armagnacs, Bourguignons, Bretons, Gascons. Charles VII tire profit d’un sentiment « national » (révélé par Jeanne ?) et l’on croit voir déjà Louis XI.

Enfin, le plus important : cette victoire est celle de l’artillerie. Alors qu’Azincourt fut la victoire des archers anglais, mettant bas la chevalerie française, voici la réponse du berger à la bergère : Les bouches à feu des frères Bureau permettent non seulement à Charles VII de reconquérir la Normandie en 1449 puis de reprendre le royaume en deux ans, elles jouent un rôle essentiel, en 1453, quand les Anglais font une ultime tentative de reprendre pied en Guyenne. Croyant assiéger les Français, ceux-ci les fixent puis les réduisent peu à peu jusqu’à ce qu’une ultime charge de cavalerie emporte la décision. Les nobles chevaliers croient avoir tout fait, continuant de mépriser ces hommes de peu que sont les servants de bouches à feu. Pourtant, à Castillon, ils viennent de remporter une des premières victoire de l’artillerie française.

Ils ne mettent pas seulement un terme à la guerre de cent ans (du moins sur le champ de bataille, puisque la paix de Picquigny n’est signée qu’en 1475), ils signent là une de ces révolutions militaires qui sont rares dans l’histoire: celle de la bascule d’un ordre militaire vers un autre. Castillon est la fin de la chevalerie, plus de cinquante ans avant Marignan où le roi de France se fit adouber chevalier : persistance du mythe mais inéluctabilité du changement. A Castillon, Henri six aurait pu dire, avec quelques siècles d’avance sur l’Allemand : « l’artillerie française, je la hais ».

Mais à l’époque, on n’a pas conscience de ce bouleversement, ni même d’avoir livré la dernière bataille de la guerre de cent ans. La faible réputation de Charles VII fit le reste et les historiens oublièrent Castillon, qui n’appartient pas au chant national, alors qu’elle y prétend amplement.

C’est tout le mérite de cette BD que de nous montrer tout cela : un solide dossier historique, un scénario agréable, des personnages avec du relief, des dessins attachants et convaincants. Bref, une belle réussite.

Le Chardon

Share/Partage

Arthur Le Chardon

2 Comments

  1. Cette victoire française est d’autant plus méritante qu’elle s’est accomplie face à un vétéran de la guerre de Cent Ans : John Talbot. Il est vrai que celui-ci était bien plus adepte de la guerre d’usure que de la bataille décisive.
    À 80 ans, il est de la même manière assez singulier qu’il fut principalement perdu par son impétuosité et son manque de discernement de la tactique française.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

5 × deux =

Translate »