Tensions en Mer de Chine méridionale, conflictualités dans le cyberespace et survie de l’humanité

Vendredi 27 mai 2016 s’est tenue à Ventiane, au Laos, la 10ème réunion annuelle des ministres de la Défense de l’ASEAN [1] qui a entériné la proposition du ministre de la Défense des Philippines [2] d’établir un groupe de travail qui « servira de cadre pour la coopération en matière de cybersécurité » [3].

Si cette déclaration est parfaitement demeurée inexistante dans les media européens et notamment français, elle souligne cependant si besoin était les tensions qui se jouent au voisinage de la Mer de Chine méridionale.

Au travers de cette annonce, cet article se propose de mettre en évidence combien les conflictualités actuelles, quel que soit leur intensité, s’appuient sur l’ensemble des possibilités offertes par les différents domaines d’intervention que sont le terrestre, le maritime, l’aérospatial et, de plus en plus majeur, le cyberespace.

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Géographie de la région et bataille navale en 2045

Commençons d’abord par nous pencher sur une mappemonde. D’une superficie de 3,5 millions de km², la Mer de Chine méridionale [4] est saupoudrée de centaines d’îles et d’îlots, certains n’étant que des rochers isolés émergeant à peine des flots. Au voisinage de cette mer bordière, le Brunei, la Chine, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, Taïwan et le Viêt Nam en sont les nations côtières et limitrophes qui, toutes sans exception, revendiquent à des degrés divers des possessions hauturières et des extensions maritimes associées.

Autant dire que si la zone considérée possède une histoire longue et complexe qui court sur plusieurs siècles, les mutations économiques et démographiques majeures de ce début de 21ème siècle en accélèrent les soubresauts. La fréquence des incidents dans cette zone, quasi mensuelles [5], est en soi le révélateur d’une Chine toute-puissante qui ne fait que reprendre sa place de puissance régionale historique après une éclipse d’environ 150 ans. Et il n’est pas sûr qu’il faille attendre 2045 pour voir une bataille navale entre les USA et la Chine [6] dans cette zone où les concentrations militaires ne font qu’augmenter.

A cette affirmation de super-puissance régionale répond la nécessité d’un cadre pacifique propice au développement notamment commercial. S’affrontent ici deux mouvements puissants et antagonistes que les adversaires de la Chine ont probablement identifié : la nécessité d’affirmer sa puissance devenue, principalement par une politique tout azimuts de soft power, tout en conservant de bonnes relations avec l’ensemble des voisinages proches. Si la Chine s’est engagée dans une course de vitesse en bâtissant des infrastructures sur des îlots, c’est qu’elle sait qu’aucun de ses voisins ne pourra l’en déloger par la force. Sauf avec l’aide éventuelle de l’autre super-puissance, les États-Unis.

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Antagonismes, ambivalence et cyberespace

Du côté du cyberespace où ces deux super-puissances sont engagées dans une lutte complexe mais intense, l’émergence d’un intérêt commun de laisser les pays de l’ASEAN dans une certaine faiblesse en matière de protection de leurs systèmes d’information paraît crédible. Cette possibilité permettrait en effet de pouvoir récupérer illégalement de l’information notamment sensible illégalement d’entraver les moyens d’échange et de communication si cela s’avérait nécessaire. Car l’ambition à terme de l’ASEAN est bien de constituer une entité régionale économique et politique autonome, à mi-chemin d’une entité comme l’Union européenne qui a atteint ses propres limites en matière d’intégration et de transfert de compétences ou a simplement avorté comme l’ALENA [7].

Ces deux tendances antagonistes constituent probablement la réflexion des décideurs politiques de l’ASEAN d’aller de l’avant en proposant cette initiative en matière de cybersécurité. Cette initiative se ferait dans le cadre de l’ADMM-Plus [8] qui est l’instance où se rencontrent les ministres de la Défense de l’ASEAN et huit de leurs homologues au rang desquels figurent l’Australie, la Chine, le Japon, l’Inde, la Nouvelle-Zélande, la Russie et les États-Unis.

Il est d’ailleurs à noter l’ambivalence de ces derniers qui, par la voix d’Ashton Carter, leur ministre de la Défense, viennent de proposer [9] un renforcement de la coopération de la défense avec les pays de la zone Asie-Pacifique. Notamment du fait de « l’anxiété de certains pays de la région face aux activités de la Chine sur les mers, dans le cyberespace et dans l’espace aérien ». Une proposition qui a évidemment été fraîchement accueillie par la Chine qui, si elle encourage les États-Unis à « établir de bonnes relations avec l’Asie » leur demande dans le même temps de « réduire leurs exercices militaires et leurs provocations en manœuvrant avions et navires de manière très proches d’autres pays ».

Imbrication des espaces, décloisonnement de la recherche et survie de l’humanité

Alors que la notion des frontières dans le cyberespace est d’une grande complexité, notamment en raison des différentes couches qui le constitue ainsi que d’une absence de territorialisation des données, les tensions de basse intensité en Mer de Chine méridionale illustrent cependant parfaitement l’imbrication de plus en plus forte de l’ensemble des différents espaces.

Si les destins nationaux se jouent de plus en plus dans des communautés de destins sur des zones de plus en plus étendues,  les conséquences de la géographie et de l’histoire ainsi que des cultures et de la géopolitique d’une zone donnée se superposent de plus en plus à celles qu’invente le numérique à mesure qu’il modifie en profondeur les relations entre acteurs au sein d’une société.

L’hyper-complexité des relations actuelles couplée aux bouleversements qu’engendrent la révolution numérique nécessite de plus en plus des travaux de recherche multi et interdisciplinaires. Sans l’analyse globale et transversale des évolutions en cours, le cyberespace pourrait demeurer un objet d’étude secondaire qui, en réalité, devient la matrice de l’histoire de l’Humanité en y concentrant l’ensemble de ses activités et, potentiellement, son futur c’est à dire sa survie.

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[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_des_nations_de_l’Asie_du_Sud-Est
[2] http://asean.org/asean-celebrates-a-decade-of-defence-cooperation/
[3] http://asean.org/storage/2016/05/Joint-Declaration-10th-ADMM-25-May-2016-Promoting-Defence-Cooperation….pdf
[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mer_de_Chine_m%C3%A9ridionale
[5] par exemple : http://www.liberation.fr/planete/2016/05/18/mer-de-chine-des-avions-de-chasse-chinois-interceptent-un-avion-militaire-americain_1453630 et http://www.lefigaro.fr/international/2016/05/22/01003-20160522ARTFIG00133-les-pecheurs-vietnamiens-sous-forte-pression-chinoise-en-mer-de-chine.php
[6] http://www.latribune.fr/opinions/le-futur-selon-la-tribune/2045-une-bataille-navale-sans-precedent-en-mer-de-chine-525627.html
[7] Accord de libre-échange entre les USA, le Canada et le Mexique (ALENA ou NAFTA) dont dont le bilan semble « accablant » (source)
[8] https://admm.asean.org/index.php/about-admm/about-admm-plus.html
[9] http://www.ecnmag.com/news/2016/06/us-pentagon-chief-proposes-asia-pacific-security-network

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