Japon : les cerisiers refleuriront

Le Japon a toujours été un pays fascinant vu d’Occident. La distance culturelle qui sépare les cultures nippone et occidentale semble à la fois infranchissable et, par moments, quasi-nulle. Pays de tradition centralisatrice, féodal, ayant longtemps disposé d’une monarchie sacrée de droit divin, culturellement rayonnant, le Japon rappelle par de nombreux aspects la France, même s’il s’en détache aussi très fortement. De retour d’une semaine au pays du Soleil levant, les impressions sur l’évolution stratégique et géoéconomique appellent des réflexions sur la situation des deux pays.

© Nicolas Mazzucchi

Comment oublier que la France – et les pays d’Europe de manière plus large – étaient avec le Japon (et bien sûr les Etats-Unis), les grandes puissances du XXe siècle finissant ? Dans les années 1990, la CIA publiait le rapport Japan 2000, lequel insistait sur la compétition entre Washington et Tokyo sur quasiment tous les plans. Le système d’intelligence économique japonais, la puissance du MITI (ministère du Commerce extérieur et de l’Industrie, devenu aujourd’hui METI), les grands consortiums, tout cela faisait trembler les Occidentaux. C’était avant la crise asiatique et l’émergence de la Chine et d’autres pays d’Asie ; les actifs internationaux auparavant concentrés au Japon s’étant depuis dispersés sur d’autres places asiatiques. Comme pour les puissances européennes, le Japon a connu une perte de puissance certaine, le pays a été dépassé par la Chine dans le classement des PIB mondiaux à la fin de la décennie 2000. Fukushima est venu ajouter une douloureuse péripétie à l’histoire du Japon post-XXe siècle.

Des domaines d’excellence demeurent toutefois, sans qu’il soit toujours aisé de faire la part des choses. Une importante partie des technologies est ainsi développée au sein des consortiums et proposée aux filiales de ces derniers, ce qui évite d’en faire une trop grande publicité. Les technologies émergentes en cyber ou en robotique, si elles sont très médiatisées au niveau du grand public avec des robots d’accueil ou d’aide aux personnes âgées, restent plus confidentielles au niveau industriel. La tutelle américaine s’avère toutefois omniprésente, même s’il existe une volonté nationale de s’en émanciper. La peur de la Chine et de l’émergence des autres puissances asiatiques, si elle ne paralyse pas les initiatives, a du moins tendance à freiner les ruptures. La prudence demeure de mise, malgré des volontés internationales de plus en plus affirmées par le Premier ministre, S. Abe.

Au final le Japon est le pays du paradoxe. Tout semble contradictoire car à chaque élément d’hypermodernité, répond une approche traditionnelle – apparaissant parfois archaïque aux Européens, comme ces agents sur les quais du métro réglant l’entrée des voyageurs dans les rames – des situations. Les gratte-ciels des grands consortiums mondialisés encageant l’espace de tranquillité et de verdure des jardins du Palais impérial, offrent l’écho d’une société où le Triangle de fer – alliance de l’administration, des grands consortiums et des élus conservateurs – règle encore grandement la marche du pays.

Comme l’Europe, le Japon doit faire face à une réorganisation de l’économie mondiale que les pessimistes assimilent à un déclin. Certes la compétition rassemble un plus grand nombre d’acteurs avec la transformation de l’économie des émergents, néanmoins le nombre de débouchés possibles s’est lui aussi accru. L’incertitude internationale dans les domaines économiques aussi bien que géopolitiques – le cyber n’étant pas le dernier dans ce cadre – peut ouvrir des voies de coopération entre le Japon et les pays d’Europe à commencer par la France. Les champs potentiels sont multiples, à commencer par les énergies marines – et plus largement l’économie maritime – où les deux pays ont des compétences, mais peinent souvent à atteindre des masses critiques nécessaires au développement de nouvelles technologies ou de nouveaux marchés. La mer qui a longtemps été le rempart du Japon contre les envahisseurs – la légende du Vent divin de 1281 nous le rappelle – pourrait ainsi être la solution de son redécollage. Comme chaque année les cerisiers refleuriront.

Polemos

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Nicolas Mazzucchi

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