Du prochain accord nucléaire avec l’Iran

L’incroyable visite du président Netanyahou à Washington l’autre jour, venu parler au Congrès sans en référer au président américain, a marqué les esprits. Son objectif était double : d’une part, à l’intérieur, influencer la campagne électorale en cours : les sondages n’augurent pas de la réussite du projet. D’autre part, dénoncer le programme iranien de recherche nucléaire et empêcher la signature d’un accord entre la communauté internationale et Téhéran. Là, pour le coup, il a largement échoué. Non seulement parce qu’il a répété sans convaincre ce qu’il répète depuis 1996 (« dans six mois, l’Iran a la bombe ») mais surtout parce qu’il incite Washington à signer, coûte que coûte.

iran_nuc.jpg

En effet, la lettre envoyée par les sénateurs républicains à l’Iran, expliquant qu’ils ne reconnaitraient pas un accord si le prochain président était américain, poussent tous les acteurs à lever leurs dernières réticences.

Du côté des Européens, cela fait maintenant plusieurs mois que l’intransigeance israélienne envers les Palestiniens produit de l’agacement : Tel-Aviv est de ce fait moins audible sur l’autre dossier, celui de l’Iran. Même la France, pourtant la plus ferme des 5+1 (les cinq membres permanents du CSNU + l’Allemagne) a semble-t-il adouci son discours ; Mais c’est surtout le président américain qui semble désormais pressé.

Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, l’incroyable et maladroite pression intérieure des Républicains (sans même parler de la muflerie politique qui lui a été infligée). Paradoxalement, au lieu d’inciter POTUS à durcir le ton, ils le poussent à conclure un accord qui sera difficilement réversible, d’autant qu’il sera avalisé par l’ONU. Dès lors, la légalisation onusienne lèvera la menace d’une pression américaine et les Européens pourront lever leurs sanctions. Or, dans le commerce international de l’Iran, ce sont les sanctions européennes qui ont pesé, beaucoup plus que les sanctions américaines (puisque le commerce irano-américain était réduit à sa plus simple expression). Par conséquent, les sociétés américaines voudront elles aussi profiter de ce nouveau marché de 80 millions d’habitants et toute nouvelle administration américaine sera forcée de transiger. Enfin, B. Obama pourra justifier d’un beau bilan de politique étrangère : retrait d’Irak, retrait d’Afghanistan, reprise du dialogue avec Cuba et avec l’Iran. Personne ne critiquera plus son prix Nobel, attribué précocement mais mérité par les œuvres.

Bref, la pression israélienne, malhabile, aura produit l’effet inverse.

Du côté iranien, on peut faire la même analyse. En effet, la décision saoudienne d’abaisser les prix du pétrole était d’abord destinée à peser sur les Iraniens. Leur situation était déjà difficile, elle l’est à l’évidence encore plus. Cela les a incité logiquement à plus transiger que leur position initiale. C’était d’autant plus pressant que l’Assemblée des experts à élu, comme président, un radical au lieu de Rasfandjani : en cas de disparition du guide Khameney, il y a donc probabilité qu’un « dur » le remplacera. Rouhani doit donc obtenir rapidement des succès.

Ainsi, à force de vouloir… en fait, on ne sait pas très bien quoi, les attitudes radicales des Israéliens et des Saoudiens ont paradoxalement poussé plus sûrement à un accord qu’une simple passivité.

On commence déjà à en percevoir les premiers signes. Ainsi, ce dimanche, la sortie de J. Kerry qui annonce qu’en Syrie, « à la fin, il faudra négocier », constitue de facto une reconnaissance de la pérennité de B. Assad. Il ne s’agit pas d’une maladresse mais d’un gage donné, par avance, au parrain iranien. Ceci entre dans le cadre de l’accord nucléaire, mais aussi dans le cadre de la lutte contre l’EI.

Du côté iranien, Le Premier ministre Rouhani a visité récemment l’assemblée des ayatollahs à Qoms. Une telle visite est rare, et Rouhani ne l’aurait pas effectuée sans raison. Il y a lieu de penser qu’il s’agissait d’informer les « sages » iraniens de la nature de l’accord.

On connaît enfin les données de l’accord : baisse du nombre de centrifugeuses détenues par l’Iran (de 20000 à 6500), envoi d’une grande quantité d’uranium enrichi en Irak, levée progressive des sanctions. Les derniers détails portent sur la durée de l’accord (10 ans, 15 ans ?) et sur le rythme de levée des sanctions (lesquelles immédiatement ?). L’accord cadre du 30 mars devrait fixer les grandes lignes et laisser encore six mois pour les derniers détails.

Pour conclure, on est proche d’un accord, probable à au moins deux chances sur trois. S’il a lieu, les effets seront multiples dans tout le Moyen-Orient : nous y reviendrons.

A. Le Chardon

Share/Partage

Arthur Le Chardon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 × quatre =

Translate »