Armes miraculeuses, armes de rupture ? Les micro-ondes de forte puissance en action ?

Neutraliser à distance de manière non létale, indétectable, instantanée et invisible ! Cela reste un mythe de la guerre postindustrielle. L’usage des ondes électromagnétiques dans le combat a déjà plus d’un siècle. Ces procédés sont communément et principalement rattachés à la guerre électronique. Parmi eux, les micro-ondes de forte puissance ou MFP sont apparues comme un moyen de détruire l’électronique adverse à défaut de pouvoir tuer -au moins directement – les êtres humains. Présentées parfois comme une arme absolue face à l’introduction de l’électronique et du numérique dans les systèmes d’armes, l’arme électromagnétique est restée dans les labos. Elle a peu fréquenté les champs de bataille ! Retour sur un « miracle » et une « rupture » qui n’ont jamais eu lieu… du moins jusqu’à maintenant !

Champ

MFP de quoi s’agit-il ?

Les armes électromagnétiques sont très diverses. On peut d’abord citer les brouilleurs dont le but est de perturber la réception d’émissions électromagnétiques. Ils permettent de faire du brouillage offensif ou contribuer à la lutte contre les engins explosifs improvisés. Ces brouilleurs utilisés depuis plus d’un siècle ne sont pas des armes de rupture mais bien du champ de bataille, parmi bien d’autres. Ils sont généralement utilisées en appui de la manœuvre interarmes ou interarmées.

Un peu plus éloignée du brouillage électromagnétique traditionnel, la mise en œuvre d’équipements générant des micro-ondes de forte puissance (MFP) revêt également ‘un intérêt prépondérant. La notion de menace MFP (micro-ondes de forte puissance, en anglais HPM : high power microwaves) recouvre toutes les formes d’agression électromagnétique qui viseraient à neutraliser les fonctions électroniques ou à détruire physiquement les composants de systèmes d’armes et d’information du champ de bataille. L’usage des armes MFP entre dans le cadre de l’attaque électronique (usage de l’énergie électromagnétique à des fins offensives – cf. DIA 3-6 guerre électronique) ou de la neutralisation électronique (dans le domaine des contremesures électroniques, emploi volontaire de l’énergie électromagnétique pour endommager de façon temporaire ou permanente les dispositifs ennemis qui dépendent exclusivement du spectre électromagnétique – Cf. AAP-6 1996).

Techniquement, il s’agit d’émettre une forte puissance électromagnétique, dirigée ou non vers une cible, pour délivrer une énergie suffisante pour perturber ou détruire un composant électronique. Après être passé par la chaine légitime de réception des ondes (mode frontdoor) ou par des failles physiques ou électromagnétiques du système (backdoor), l’onde générée se couple au composant électronique ajoutant une « surcharge » d’énergie, perturbant les états logiques dans le système ou détruisant les composants. Il existe également des technologies visant à délivrer de la puissance via des lasers mais il s’agit encore d’un autre domaine bien que proche. On peut également citer les technologies Maser, pendant du Laser, mais qui ont eu un moindre développement dans les dernières décennies.

Pour générer ces ondes, il existe plusieurs techniques (exemples : une génération via un klystron ou un magnétron), et une alimentation en énergie continue ou flash (explosif). Il faut ajouter à cela la génération via l’explosion d’une arme nucléaire à haute altitude qui génère une induction électromagnétique (effet Compton).

Un peu d’histoire

Le rayon de la mort est récurrent dans l’imaginaire guerrier. Cette arme absolue permettrait de s’abstenir d’aller au contact de l’ennemi, tout en le frappant instantanément. Ce concept est attribué à Archimède qui aurait brûlé des navires romains, grâce à l’usage de miroirs, lors du siège de Syracuse (2ème guerre punique) par les Romains. Cet épisode historiquement faux montre qu’au moins depuis la Renaissance – qui marque une évolution dans l’art de la guerre avec l’utilisation plus importante des sciences – ce mythe reste vivace. Plus récemment, on peut penser aux armes Tesla dont la connaissance par le plus grand monde relève plus de l’utilisation de jeux vidéos (Alerte rouge ou Call of Duty : world at war) que de l’emploi opérationnel ou de la recherche scientifique. Néanmoins, pour Nicolas Tesla, ces armes étaient potentiellement des armes de destruction massive, capables de changer la vision des hommes face à la guerre, rôle que l’arme nucléaire a eu.

Dès 1945, avec les premiers essais nucléaires, les effets électromagnétiques de ces armes ont été détectés. Dans une société où l’électronique n’existait pas et au regard des effets physiques et thermiques d’une arme nucléaire, ces effets apparaissaient comme secondaire. A partir des années 60, ces effets furent considérés comme de plus en plus intéressants au plan opérationnel en raison du développement des problèmes de compatibilité/protection électromagnétique (accident de l’USS Forrestal du 29 juillet 1967 qui se solda par 134 morts et 161 blessés) et de l’observation de conséquences réelles sur les infrastructures (1962 : impacts électriques à Hawaï et sur des lignes de communication en URSS). Durant les années 1970 et 1980, les deux blocs de la guerre froide pensaient développer des armes opérationnelles capables d’être employées sur le champ de bataille (armes MFP) ou au plan stratégique (IEM nucléaire). Néanmoins, cette arme miracle ne fut jamais développée à hauteur de ce que certains penseurs avaient espéré. Initialement, les MFP visaient à générer les puissances les plus élevées possibles (gigawatts, térawatts…), avec des formes d’ondes simples, dont la finalité était de détruire les composants électroniques à grande distance. Ceci posait des problèmes importants comme la génération d’énergie nécessaire pour émettre à forte puissance. Ensuite, cette arme n’a pas la même caractéristique que les armes à feu. Les effets ne peuvent être totalement maitrisés car ils varient fortement selon la protection et la position des cibles. Seules pour les faibles distances les effets deviennent relativement prédictibles. En outre, les effets collatéraux sur l’environnement et les forces amies sont difficilement quantifiables avec précision. Cependant, des travaux récents ont mis en valeur des formes d’ondes optimisées qui offrent quelques perspectives concrètes pour dépasser le fantasme de l’arme miracle.

En fait, des armes de destruction peu matures

Au plan stratégique, l’IEM nucléaire permet de détruire des portions importantes du cyberespace malgré les progrès de compatibilité électromagnétique et les protections spécifiques, y compris de l’attaquant. Il faut cependant considérer que cet emploi n’est pas plus probable que celui d’une arme atomique pour ses effets thermiques. Cet effet reste donc du domaine de la dissuasion.

Au plan opératif, l’arme MFP peut avoir une utilité certaine contre les centres de décision ou logistiques, notamment dans le cadre d’une attaque combinée avec du cyber et des actions physiques, visant à les neutraliser. Cet emploi serait hasardeux seul ce qui en limite l’aspect « rupture ».

Au niveau tactique, l’arme MFP n’est pas non plus une arme de rupture. Actuellement, les problèmes de génération d’énergie, de moindre prédictibilité des effets sur les cibles et d’effets collatéraux non maitrisables (au moins sur une zone donnée) en font une arme qui doit être combinée avec d’autres et dans des emplois très particuliers qui relèvent – paradoxalement – plus du champ de bataille en zone peu numérisée que de la guerre au sein des populations.

A l’avenir, l’amélioration de la recherche sur les MFP (précision, rendement amélioré, meilleure précision des effets), le développement de l’internet des objets, de la robotisation du champ de bataille, et de l’internet du vivant permettront à cette arme peu ou pas utilisée de devenir une pièce maitresse d’un arsenal de combat des nations les plus modernes. Les premiers emplois réellement opérationnels risquent d’être des échecs si les objectifs poursuivis sont trop ambitieux. L’enjeu ne sera alors pas de développer un domaine de combat à part, autour de ces armes, mais bien de les intégrer dans le combat cyber-électronique et ainsi dans la manœuvre. C’est à ce moment là, à l’épreuve du combat, que l’on pourra savoir si les armes MFP sont des armes de rupture…

S.D Lignes Stratégiques

Sources :

Dossé, Kempf, Stratégies dans le cyberespace, Esprit du livre, 2011.

Bonnemaison, Dossé, Attention: cyber ! Vers le combat cyber-électronique, Economica, 2014.

Dossier EMP : alliancegeostrategique.org/tag/EMP (2012-2013).

Subcommittee on Cybersecurity, Infrastructure Protection, and Security Technologies (US Senate) : homeland.house.gov/subcommittee-CIPST

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