Armes miraculeuses, armes de rupture ? Wunderwaffen : l’absence de l’Unterseeboot

Le webzine EchoRadar lance un nouveau dossier thématique portant sur les armes miraculeuses, armes de rupture ? L’introduction de ce dossier vous propose les orientations générales qui seront abordées dans les billets des échoradaristes. Dossier au potentiel extrêmement vaste et chacun de nous souhaite toucher un point particulier. 

1024px-2004-Bremerhaven_U-Boot-Museum-Sicherlich_retouched© Wikipédia. L’U-2540 en 2004. 

Le propos de ce jour s’insère dans la partie wunderwaffen de ce dossier. Les deux premières participation à cette partie du dossier abordaient, pour la première, Le miracle [qui] n’est pas venu ciel (Si Vis Pacem) et pour la seconde, Le Spectre de l’Antarctique (Le Chardon), sixième tome d’une série de BD ayant fait le choix de l’uchronie.

Vous le devinez amplement : nous allons continuer à nous intéresser à l’arme sous-marine allemande. Le premier dossier EchoRadar (Eté 1914 : un autre monde ?) décrivait la montée en puissance de l’arme sous-marine. L’heure de gloire de l’U-9 – commandé par le lieutenant de vaisseau Otto Weddingen – se produisait le 22 septembre 1914. Le submersible allemand envoie par le fonds les croiseurs-cuirassés Aboukir, Cressy et Hogue. Le sous-marin devient une arme capable de rivaliser avec les meilleures unités des flottes de surface. Eu égard à son faible tonnage, il porte une action stratégique à grande distance comme en témoigne l’action des u-boat devant les côtes américaines. Face à cette nouvelle menace, les français Paul Langevin et Constantin Chilowski conçoivent le premier sonar actif militaire en 1917. C’était la première bataille de l’Atlantique, la plus complexe tant sur le plan du droit que des relations internationales ou opérationnel : tout était à inventer.

La seconde bataille de l’Atlantique consacrait une double négligence stratégique. Du côté des Alliés, seule l’Angleterre a préservé l’héritage de l’invention de 1917 avec l’ASDIC. La marine française fait totalement appel à son allié pour palier le désintérêt de la Royale dans ce domaine. Chose d’autant plus surprenante que sous le double effet des difficultés financières de l’entre-deux-guerres et du désarmement naval la marine française était constituée d’une lourde ossature d’escorteurs et de sous-marins.
Du côté allemand, l’amiral Dönitz, commandant des forces sous-marines allemandes (depuis le 1er octobre 1939), artisan convaincu de l’arme sous-marine, débute la guerre avec une soixantaine de sous-marins alors qu’il en demandait plus de trois cents unités. 15 et 20 u-boat en mer peuvent être simultanément à la mer.

Plus précisément, ce qui semble être une négligence dans la stratégie allemande, tout du moins dans sa stratégie des moyens (navals), est que les sous-marins, malgré les résultats de la première bataille de l’Atlantique, ne bénéficient d’aucune priorité stratégique. Les constructions de sous-marins vont monter en cadence, leur production va être rationalisée au maximum. Sur le plan qualitatif, ils peuvent apparaître comme une question secondaire car ils ne bénéficient d’aucune priorité dans les recherches entreprises par les instituts du IIIe Reich.

Notre propos tente d’illustrer que lorsque l’Allemagne initie la seconde guerre mondiale, elle disposait de trois trois voies stratégiques différentes mais complémentaires pour faire de l’arme sous-marine une arme de rupture stratégique. Ces voies ne reçurent aucune effort conséquent. Tout comme il nous semble que les seconde et troisième voies, les plus ambitieuses, ne relevaient pas du vocable d’armes miracles : de wunderwaffen. Nous verrons que ces deux dernières filières sont pourtant les fondements de l’arme sous-marine moderne.

Premièrement, les premières classes de u-boat en service depuis 1939 sont majoritairement des type VII. Bien de talentueux historiens maritimes ont pu présenter l’historique des sous-marins allemands, notre propos n’est pas de tenter de les imiter. Contentons nous de nous concentrer sur deux inventions. Elles avaient le potentiel de renverser le rapport de force entre la guerre des communications allemandes et la lutte anti-sous-marine allié.

L’invention du schnorchel a lieu en Hollande (1936). Elle ne parvient dans les mains allemandes que lors de l’invasion puis l’occupation du pays en 1940. L’Allemagne ne jugent pas utile cette invention. Techniquement, le schnorchel permet à un sous-marin de naviguer en immersion périscopique sur ses moteurs à diesel qui sont alimentés en air frais par ce tube qui se déploie à la manière d’un périscope. Cette invention réduisait drastiquement le besoin de faire surface, donc le risque que le sous-marin soit détecté. Le schnorchel offrait aussi la possibilité tout aussi intéressante de permettre au sous-marin de recourir plus longtemps à ses moteurs diesels donc de moins recourir à ses batteries. L’énergie électrique et la rapidité d’exécution de l’équipage sont la clef de survie d’un sous-marin qui fuit ses ennemis surfaciers et aviateurs.

La seconde invention qui intéresse notre propos est installée sur l’U-480. Le navire est commandé dès 1941 et mis en service fin 1943. Ce nouveau dispositif apportait une évolution significative dans la recherche de la discrétion du sous-marin face à ses poursuivants. L’U-480 voit sa coque doublée de caoutchouc : le revêtement anéchoïque est né. Il permet à son porteur de ne pas renvoyer les ondes des ASDIC des Alliés. Aujourd’hui encore, ce revêtement contribue aux capacités d’un sous-marin à se soustraire de la détection des sonars.

Ces deux inventions – mineures sur le plan stratégiques de la seconde guerre mondiale – ne recevaient aucune espèce de priorité stratégique. Chose paradoxale alors que toutes deux permettaient d’aider les u-boat à se soustraire aux senseurs aériens et sous-marins, donc à réduire potentiellement le taux de pertes et à contrebalancer le faible nombre de sous-marins allemands.

Pour donner du contraste à notre propos, citons le cas des u-boat Type XXI. Ils sont la première classe conçue dans l’optique de naviguer plus longtemps en plongée qu’en surface. Ils représentaient le nec plus ultra des sous-marins à leur apparition. Les premiers exemplaires n’entraient en service que très tardivement dans la guerre. Ils ne purent modifier le cours de la guerre car ils nécessitèrent des développements beaucoup plus lourds. Ce qui souligne tout l’intérêt des deux inventions précédentes.

Venons-en aux voies les plus ambitieuses de l’arme sous-marine allemande. Ce que nous avons qualifiés de seconde et de troisième direction tentaient de produire un nouveau saut technologique.

La première des deux permet l’émergence du sous-marin qui se distingue profondément du submersible (à la manière des Type XXI) du submersible. Le navire est conçu pour passer plus de temps en plongée qu’en surface et à naviguer plus vite sous que sur l’eau. L’ingénieur allemand Hellmuth Walter développa une turbine portant son nom. A l’instar des recherches effectuées alors dans d’autres pays, l’objectif est dans la continuité de ce qui précède : faire du sous-marin un pur navire de sous la mer et réduire son besoin de franchir le dioptre. La motorisation du navire doit s’affranchir d’une alimentation en air frais ou d’une pile nucléaire. La turbine Walter puise son air frais dans du péroxyde d’hydrogène. Le système est installé sur les classes XVII A et B (sous-marins côtiers) et XVIII (sous-marin océanique de 1500 tonnes). Ces projets sont tout simplement le début des « sous-marins AIP » (Air Independant Propulsion).

Dès 1934, Hellmuth Walter proposa un sous-marin de 300 tonnes (similaire au Type IIA) capable de filer 26 noeuds en surface, 30 en plongée (vitesses sans commune mesure avec tous les autres sous-marins de l’époque, et même d’après). Ses recherches ne reçurent pas la priorité. Si bien qu’aucune des classes prévues pour emporter une turbine Walter n’entra en service avant la fin de la seconde guerre mondiale.

La troisième direction est plus spectaculaire. La recherche du graal sous-marin, ce croiseur nouveau capable de parcourir de grandes distances sous la mer tout en se soustrayant à ses poursuivant, passe par le développement du sous-marin atomique. Les physiciens allemands (l’ouvrage de Rainer Karlsch – La bombe de Hitler aux éditions Calmann-Lévy – nous en livre les détails) ne manquent pas, comme d’autres (notamment en France) de s’intéresser aux applications de la fission de l’atome et de la réaction auto-entretenue pour la propulsion sous-marine.

L’amiral Karl Witzell dirigea de 1934 à août 1942 l’Office de l’Armement de la Marine (OAM). A ce titre, il a participé aux programmes de recherche atomique de l’Uranverein. Place qui lui permettait d’entrevoir les « possibilités virtuelles de la technologie nucléaire » (p. 49). Dès 1941, l’amiral Witzell s’entend avec le chef de l’OAAT pour la participation de la Kriegsmarine à la recherche nucléaire. La marine allemande acquéra ainsi sa propre structure de recherches nucléaires dans deux directions : celle sur les explosifs, l’autre sur des petits réacteurs nucléaires pour les navires et les sous-marins. La recherche sur les explosifs avança plus rapidement que les autres. Le sous-marin atomique allemand dépendait aussi des recherches menées en Allemagne sur les piles atomiques qui progressaient nettement moins rapidement que dans les centres de recherches de ses adversaires sur ce sujet.

Dans les trois cas présentés, l’Allemagne aurait pu atteindre des ruptures tactiques voire des ruptures stratégiques pour son arme sous-marine. Aucune de ces ruptures ne reçu la priorité avant ou pendant la seconde guerre mondiale. Le sous-marin, même « nouveau » (tant sur turbine Walter que sur pile atomique), n’était pas considéré ou voulu comme une arme miracle. L’affaire profita tout naturellement aux Alliés (ainsi que la future RFA) qui récupèrent autant que possible les artefacts des recherches sous-marines allemandes.

L’U-2518, un type XXI, navigua sous les couleurs de la Marine nationale (20 août 1946 – 17 octobre 1967). Il était rebaptisé le Roland Morillot en l’honneur du commandant du Monge, un sous-marin de classe Pluviôse coulé en 1915.

 

Le marquis de Seignelay

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Le marquis de Seignelay

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