L’Echo du mois avec Sylviane Toporkoff – « Global Forum – Shaping The Future »

L’Echo du mois permet d’échanger, au travers d’un entretien,  avec des personnalités dont l’action s’inscrit dans les thèmes relatifs à la stratégie, à ses diverses variantes, à ses évolutions technologiques et à leur influence sur celle-ci.

Ce mois-ci, dix questions à Sylviane Toporkoff en avant-première du « Global Forum – Shaping the Future » dont l’édition 2014 se tiendra à Genève les 17 et 18 novembre prochain (Merci à J.-F. Soupizet).

Sylviane_Toporkoff

Sylviane, tout d’abord pouvez vous nous dire quel est votre parcours ?

Docteur d’État ès sciences économiques de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, j’enseigne à l’Université Paris 8 où mes cours son centrés sur l’économie de l’information et les projets européens.

Je m’intéresse par ailleurs aux villes et territoires intelligents, à l’énergie intelligente (smart energy), aux infrastructures numériques, aux applications et usages numériques, aux données, aux industries créatives.

Enfin, j’ai lancé  il y a quelques années le « Global Forum shaping the future » qui est un forum de très haut niveau, international et neutre, dédié à la réflexion sur le futur numérique et les changements économiques, industriels, sociaux, sociétaux et culturels de la société de l’information.

Pouvez-vous présenter le « Global Forum – Shaping The Future 2014 » ?

Le Global Forum 2014 (23ème édition) aura lieu les lundi 17 & mardi 18 novembre à Genève au CICG- Centre International de Conférence de Genève.

Ce sera à nouveau un lieu privilégié pour des échanges concernant le développement de la société de l’information et ses évolutions. Il devrait rassembler plus de 300 participants de plus de 30 nationalités du monde des télécommunications, de l’industrie du numérique, de l’informatique, des régulateurs, des politiques; des représentants d’ONG, du monde académique et permettre des échanges informels et directs entre des professionnels ayant des profils et expériences diverses.

Cette édition localisée à Genève aura une tonalité particulière en raison de la participation de représentants des organisations internationales. Cela a d’ailleurs été des éditions précédentes tenues chaque année dans une ville différente, Paris bien sûr, Bruxelles, Rome, Stockholm, Washington, mais aussi Venise et Trieste.

Cette édition s’ouvrira sur une session placée sous le signe de « l’âge de la connexion », pourquoi ce titre? Quels sont à vos yeux les défis du XXIe siècle ?

Nous sommes en train de passer de l’âge de l’information à l’âge de la connectivité. Une nouvelle vue de l’âge du monde numérique se forme. La société devient de plus en plus complexe, sophistiquée et connectée. Les énormes progrès en matière de connectivité et d’accès aux connaissances qui ont été réalisés et les avantages considérables liés à la numérisation des activités humaines entrainent des défis majeurs en matière de vie privée, d’apprentissage pour tous du numérique et d’emploi. Comment les gouvernements, les entreprises et les citoyens, peuvent-ils saisir les implications de ces transformations? La formation de nouvelles stratégies, de nouvelles politiques, lois, régulations et même de nouveaux codes sociaux demande une nouvelle approche interdisciplinaire.

Le Global Forum 2014 devrait permettre de tracer des directions stratégiques, des modes d’emploi pour ceux qui sont confrontés aux défis de l’âge digital.

La régulation nationale du numérique a-t-elle encore un sens dans une société mondialisée qui évolue aussi rapidement ?

La régulation nationale du numérique doit évoluer dans le même sens dans un monde mondialisé, c’est un constat que nous avons fait à travers le Global Forum. C’est pour cette raison que chaque année nous réunissons des régulateurs nationaux, des entreprises et des institutions internationales pour en discuter. Ces acteurs, qui sont souvent présentés comme ayant des intérêts divergents, ont de fait beaucoup d’objectifs communs et notamment celui d’obtenir une croissance durable et pour cela d’instaurer des règles équitables.

Les données qui représentent à la fois un nouveau pouvoir et une ressource économique nouvelle nécessitent-elle une nouvelle régulation, en particulier internationale ?

Dans une société mondialisée et d’interdépendance avec de nouveaux acteurs mondiaux (type GAFA) qui ont la stature et la puissance financière de petits États, la régulation doit être révisée tant au niveau international que régional (Europe, USA, Asie…).

La sécurité est un enjeu central, quelle distinction faites-vous entre cyberdéfense et cybersécurité ?

La cyberdéfense est souvent associée à la protection de données et aux enjeux stratégiques d’un État tandis que la cybersécurité est associée à la protection des données, propriétés intellectuelles ou autres, d’un particulier ou d’une entreprise.

Cyberdéfense et Cybersécurité sont aussi des termes utilisés par les entreprises pour deux approches différentes face aux risques d’attaques externes mais aussi internes. Pour l’entreprise, la cybersécurité relève d’une vision proactive de la surveillance de son réseau. La cyberdéfense désigne le fait de mettre en place et d’adapter de manière récurrente et par anticipation, une stratégie de riposte à une agression externe.

La sécurité est-elle antinomique de la protection de la vie privée ?

Protection de la vie privée et sécurité semblent de prime abord s’inscrire dans une opposition inhérente aux fonctions respectives qu’elles assurent. Les droits et libertés fondamentaux sont traditionnellement conçus comme constituant une protection de l’individu contre l’arbitraire étatique. La sécurité quant à elle compte au nombre des missions régaliennes de l’État

Les attentats terroristes de ces dernières années ont relancé le débat sur cette opposition conceptuelle qui a dû toutefois intégrer une problématique particulière : le droit au respect de la vie privée. La nécessité primordiale de garantir la sécurité des individus a conduit à une évolution paradigmatique significative. L’adoption le 15 mars 2006 de la directive européenne sur la conservation des données de communication en est un parfait exemple. Elle substitue à la faculté de conservation des États une obligation sans possibilité de dérogations et bouleverse en conséquence la conception de la protection des données qui prévalait alors : autrefois une exception, la conservation des données de communication devient la règle

Dans un monde connecté, de plus en plus complexe, échappant aux États, il faut réinventer les règles et le rapport entre sécurité et vie privée, et comprendre que sécurité et vie privée ne sont pas forcément antinomiques.

image global forum

Le programme parle du citoyen au centre de la ville intelligente, mais cela ne risque-t-il pas de se limiter à une minorité de citoyens hautement éduqués et connectés ? 

D’abord, on ne peut pas dire que l’usage des Smartphones ou des PC soit le fait d’une minorité, surtout chez les jeunes. La ville intelligente doit permettre à tous les citoyens sans distinction de participer à l’ère digitale. Pour se faire, elle peut et doit aussi s’appuyer sur des infrastructures collectives.

Quelle sera pour vous l’indicateur de réussite de cette 23ème édition du Forum ?

D’abord la qualité des interventions, débats et échanges comme cela est le cas depuis la première édition. La réussite se mesure également par le fait que les débats et échanges continuent après le Global Forum avec notre blog  et que des projets & partenariats émergent.

Ensuite la mise en place d’un dialogue entre institutions publiques et privées (notamment sur la régulation). J’en espère aussi une dynamique des différentes visions internationales et une meilleure approche européenne.

Quels vœux formulez-vous à Echoradar, webzine de stratégie et des conséquences des nouvelles technologies ?

Le Global Forum comme Echoradar cherche à rassembler des points de vue et visions différents sur les stratégies et conséquences des technologies de communications. Ce que j’apprécie chez Echoradar, c’est la diversité des sujets abordés, sa tonalité et son objectivité. C’est une plateforme d’information et d’analyse qui est nécessaire pour comprendre l’évolution des technologies du futur et ses enjeux. Votre réussite est importante dans ce monde complexe.

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Olivier Kempf

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