L’infosécurité et le droit du travail face au cyborg en ligne

Fourmillant de programmeurs et d’ingénieurs passionnés par leurs merveilleuses machines, Willow Garage est le plus fameux incubateur californien de start-up spécialisées dans la robotique.

PR2_WillowGarage

Afin de s’épargner la sempiternelle corvée de vaisselle ou du lave-vaisselle, sa joyeuse clique de geek recruta un « plongeur » vivant en Inde au printemps 2013. Cet employé bénéficia d’une formation en ligne de pilotage à distance du PR2, un robot made in Willow Garage (285 000 $) suffisamment habile et délicat pour dresser et débarrasser une table, et même servir des boissons sans casser le moindre verre.

Tout se passa ensuite pour le mieux dans le meilleur des mondes pendant plusieurs mois et les « willowgaragistes » furent à peine étonnés par cette situation inédite : un robot domestique manoeuvré à distance par un salarié indien se déplaçait quasi librement dans leurs locaux, et leur servait thé, café et jus de fruits.

Cependant, le département des ressources humaines de Willow Garage fut vite confronté à un cauchemar réglementaire.

Quels étaient le statut légal et la domiciliation fiscale de ce laveur de vaisselle ? Son opérateur indien devait-il bénéficier d’une couverture médicale/sociale ? Fort des capacités techniques du PR2 (mobilité, haptique, téléprésence), ne risquait-il pas de violer la confidentialité des employés, d’accéder aux secrets industriels de la firme, de dissimuler ou de dérober des objets, et même de harceler sexuellement ou moralement un(e) salarié(e) ? Fallait-il le considérer comme un employé à part entière ? Comment établir précisément les responsabilités en cas de défaillance, de casse ou de chute d’un robot dans les escaliers, dans les bureaux ou dans les laboratoires ?

Lassés par ce casse-tête juridique et craignant de mauvaises surprises, les willowgaragistes mirent fin à l’expérience, rétablirent les corvées de vaisselle et de lave-vaisselle, un peu inquiétés qu’ils furent à l’idée qu’un salarié anonyme et distant observe de près leurs activités quotidiennes.

Le cas du « plongeur en ligne » mi-robot mi-humain est un formidable indicateur de tendances futures.

En effet, l’expansion rapide de la téléprésence, du télétravail et de la robotique soulèvera d’innombrables questions pour les experts en droit de tous bords. Nous assisterons à des scénarios d’autant plus inédits que des machines duales – à la fois autonomes et contrôlées ou supervisées par des humains – gagneront du terrain. Corollairement, il faudra réinventer le droit pénal, le droit du travail, le droit commercial, les assurances et la couverture médicale/sociale… en attendant qu’une voiture sans pilote transportant 15 kg de cocaïne heurte un piéton et commette un délit de fuite.

Charles Bwele, Electrosphère

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Charles Bwele

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