L’avenir du spatial européen s’est il assombri ?

A quelques jours de la remise en France, d’un rapport sur la stratégie spatiale qui mettra à n’en pas douter l’Europe aux cœur de ses ambitions, l’ambiance n’est pas à la fête. Préparant une Ariane 6 dont la compétitivité sonne comme leitmotiv assourdissant, Ariane Group va devoir se séparer de 2300 personnes.
Mais point de défaitisme, Ariane Group va devoir se réformer en profondeur, et d’autres acteurs stratégiques, comme Dassault Aviation pourraient venir en renfort du spatial européen.

Ci-dessus – vue d’artiste du lanceur Ariane 6-4
.
Mi-novembre, Ariane groupe annonçait à la surprise générale la suppression de 2300 postes d’ici à 2023. A la surprise générale, car il est en effet bien rare de voir le secteur aérospatial perdre des emplois. Et pourtant… on parle bien de 25% des effectifs.
La raison invoquée est la fin du développement du lanceur Ariane 6, qui entre en production pour une commercialisation à partir de 2020, soit moins de deux ans. L’autre raison, moins mise en avant, c’est bien sûr le plan de compétitivité visant à réduire de façon drastique le coût de lancement. Car pour avoir une chance de faire face à la concurrence, il s’agit de diviser par deux les frais de lancement d’Ariane 6 par rapport à sa grande sœur Ariane 5, coût qui passe ainsi à 65 millions d’euros.

Continue Reading

Share/Partage

Du courage et du management

Récemment, sur twitter1, une controverse a eu lieu sur la question du courage des managers. En cause, ou au commencement, le livre de N Bouzou et J de Funes La comédie (in)humaine2, dans laquelle il serait écrit qu’une des causes du mal-être des employés des entreprises françaises serait le manque de courage des managers.

Face à cette affirmation, plusieurs personnes ont dénoncé ce qu’elles estiment être un raccourci inapte à expliquer une situation très complexe, une stigmatisation abusive des managers : les échanges se montrant assez vifs.

Pourtant, cette question du courage des managers est loin d’être nouvelle. Déjà, en 2009, JP Lugan et Ph Ruquet publiaient un livre intitulé Manager avec courage3.

Les controverses ne sont pas non plus nouvelles, puisqu’il était demandé soit Par pitié, arrêtons avec le « courage managérial4 », soit de (re)décrouvrir « le courage managérial, une qualité trop souvent oubliée5 ».

Et, peu de temps après la publication du livre incriminé, un article répondait par la négative à la question Les managers manquent-ils de courage6 ?

Source

Le but de ce billet n’est pas de se lancer dans une exégèse (à charge ou à décharge) du livre incriminé, mais de se pencher sur la question du courage dans le management, et donc du courage des managers, tant il est vrai que certains en manquent parfois cruellement, tous les participants à la controverse le reconnaissent.

Une des difficultés est cependant de savoir si, comme certains semblent le penser, ou tout au moins l’écrivent, dénier aux managers le courage reviendrait à en faire des salauds ou des imbéciles7, voire les deux. Mais, ce faisant, n’est-ce pas fausser la question en faisant des amalgames ?

Ce qui amène le problème vers d’autres questions : peut-on dire d’une personne (voire d’un manager) qu’elle manque de courage, sans pour autant la vouer aux gémonies ? L’accusation de manque de courage est-elle synonyme de déchéance, d’infamie perpétuelle ? Un manager peut-il se relever d’une telle accusation ? Peut-on « acquérir » le courage une bonne fois pour toutes ?

En venir à de telles extrémités reviendrait à faire du courage la condition sine qua non de l’exercice du management puisque si un manager en manquait, cela reviendrait à faire de lui un mauvais manager.

N’est-il pas possible de proposer de nouvelles pistes de réflexion relatives au courage afin de sortir de cet affrontement stérile ?

Continue Reading

Share/Partage

Le 4 septembre 1870 (Fiche de lecture)

Pierre Cornut-Gentille est avocat pénaliste et essayiste. [1] S’il n’est pas historien au sens académique du terme, il s’intéresse néanmoins à certains faits historiques qui lui ont permis de commettre plusieurs essais. Le dernier, paru aux éditions Perrin en août 2018, s’intéresse à une date importante dans l’histoire moderne de la France, celle de la proclamation de la 3ème République.

Sobrement intitulé « Le 4 septembre 1870 » et sous-titré « L’invention de la République » cet essai se focalise sur les dernières heures qui ont précédé ce changement majeur de régime. Bien documenté, parfois haletant, il souligne aussi pourquoi cet épisode, capital dans ses origines ainsi que ses suites historiques, demeure dans la pénombre. Continue Reading

Share/Partage

J’assume : le sonal post-démocratique

 

C’est devenu une antienne depuis l’émergence d’un nouveau gouvernement en France : « J’assume » revient périodiquement à ponctuer chaque mesure contestée voire impopulaire. Ce letimotiv vise aussi en matière de stratégie communicationnelle à fermer le ban : pas de négociation, pas d’exception, pas de temporisation. C’est ainsi que le mot d’ordre est diffusé du haut vers le bas.

 

Continue Reading

Share/Partage

L’écho du bocal avec Bénédicte Chéron

Nous accueillons aujourd’hui Bénédicte Chéron, historienne et auteur de l’ouvrage “Le soldat méconnu, les Français et leurs armées ».

Question 1 : L’ancien CEMA incitait les militaires à écrire et publier. Une véritable liberté d’expression des militaires sur les questions de défense est-elle vraiment possible en France au vu des mésaventures récentes de ceux qui ont pensé “en dehors du bocal” ? Continue Reading

Share/Partage

Quid des programmes “New Generation” de l’US Navy ?

L’US Navy devait se renouveler par un ensemble de programme, dont une grande partie héritée de la Revolution in Military Affairs, franchissant nombre de ruptures conceptuelles et technologiques. La célérité de la diffusion de l’information devait se traduire par une célérité cinétique des plateformes et munitions. Reste que les « frictions » et contradictions de ces programmes révèlent une situation contrastée et offrent un panorama riche de plusieurs choix dans la stratégie génétique des forces. En s’extrayant des questions techniques et technologiques, il conviendra aussi de questionner quelques « refus de saut » de la marine américaine dans la plus pure tradition de conservatisme naval de la flotte dominante afin de ne pas favoriser des ruptures qui rendraient obsolètes ses bâtiments d’un seul coup ou bien qui faciliterait la montée en puissance des adversaires.

© US Navy.

© US Navy.

Continue Reading

Share/Partage

Attribution d’une cyberattaque

L’attribution d’une cyberattaque a déjà été évoquée dans un précédent billet, suite à des propos du ComCyber qui déclarait qu’il allait tenter d’attribuer les cyberattaques.

Afin de l’aider dans ses tentatives, les Suisses ont rédigé un document fort intéressant (mais je doute que c’était une commande du ComCyber gaulois) disponible ici.

Le présent billet s’inspire de ses propos.

La réflexion sur le processus d’attribution d’une cyberattaque est indispensable pour au moins deux raisons.

Source

La première est que le cyberespace permet de se cacher parfois de manière efficace, mais aussi parce qu’il permet de brouiller les pistes. Ce n’est pas parce qu’un ordinateur localisé en Russie a servi à mener une cyberattaque que les Russes en sont forcément à l’origine. Notons à ce sujet que très peu de cyberattaques sont attribuées à des Américains. Ces derniers sont-ils tellement vertueux qu’ils n’hébergeraient aucun pirate sur leur sol, sont-ils plus efficaces que les autres, ou un voile pudique couvre-t-il leurs méfaits ?

La seconde est qu’il n’existe pas d’alliés dans le cyberespace, si ce n’est de circonstance. Ainsi, les Américains (encore eux), bien qu’alliés officiels de l’Allemagne n’en ont-ils pas moins écouté le téléphone de Mme Merkel. Enfin, si l’on en croit certaines versions, ce serait la NSA sans l’accord de B. Obama…

Ces deux raisons constituent d’indéniables atouts pour les attaquants qui peuvent se cacher et nier autant qu’ils veulent toute implication dans un cyber méfait, mais semblent limiter la possibilité des États de « délivrer des messages » forcément clairs et dissuasifs comme le fut l’opération Hamilton contre la Syrie.

Ceci étant posé, il faut distinguer deux cas de figure :

– la cybercriminalité qui implique un jugement reposant sur une expertise forensique et des probabilités (cf. billet) voire une intime conviction, et pour laquelle l’attribution doit être publique ;

– les attaques interétatiques dont l’attribution peut ne pas être publique, selon l’opportunité estimée par le pays frappé.

Dans ces deux cas de figure cependant, et même si la dimension politique de l’attaque est un des critères de différenciation, le processus décisionnel est le même.

Continue Reading

Share/Partage

Le refus de la victoire, maladie française

Je poursuis la réflexion entamée la semaine dernière (voir billet) ou celle de Michel Goya sur son blog (ici) et reviens sur cette non commémoration de la Victoire décidée par l’Élysée et balancée, à ses yeux, par le voyage mémoriel qu’il compte effectuer, rendant hommage aux combattants.

Source

Précisons d’emblée qu’il ne s’agit pas de discuter des sujets annexes qui ne sont pas ici essentiels :

  • ni la question d’un éventuel défilé ou parade (traditionnellement, le 11 novembre fait l’objet d’une prise d’armes de pied ferme autour de l’Arc de Triomphe et personne n’a demandé un défilé particulier).
  • ni la question de la mise à l’honneur des maréchaux de la Première Guerre mondiale (je rappelle qu’ils furent nombreux : Foch, Joffre, Galliéni, Lyautey, Franchet d’Esperey, Fayolle, Maunoury, et Pétain, celui qui pose problème…).
  • ni la question de la négociation avec l’Allemagne de ces modalités (car après tout, il est compréhensible qu’on use de tact et de diplomatie en la matière).

Continue Reading

Share/Partage
Translate »